Petite ode à la circularité

La planète déborde de déchets, d’objets « morts » qui n’ont plus d’utilité. Chaque objet est créé pour remplir une certaine fonction, qu’il jouera pendant un certain temps avant d’être jeté. Chaque objet, en passant de la brosse à dent à l’Airbus, a une naissance, une durée de vie et une mort. Sa naissance est possible grâce à l’extraction de matières premières (minerais, matières organiques) le plus souvent, et après sa mort il est oublié dans quelque décharge plus ou moins bien gérée, plus ou moins lointaine.

Notre mode de consommation est donc linéaire, nous achetons du neuf, l’utilisons, et le jetons. Nous ne nous préoccupons pas de l’histoire en amont (d’où viennent les matériaux) ni en aval (recyclage, réutilisation…) du produit. Le terme même de « produit » implique qu’il est créé, fabriqué, ceci en utilisant diverses énergies et ressources.

Cette vision de la consommation peut être mise en lien avec notre conception même de la vie : nous naissons, vivons, mourons, nous suivons une ligne qui nous conduit inexorablement vers la mort et l’oubli. Ce qu’il se passe avant et après notre vie est soit totalement ignoré, soit fait l’objet d’explications ésotériques plus ou moins échevelées.

En observant l’état flagrant de poubelle à ciel ouvert dans lequel se trouve la planète, que ce soient les continents flottants de plastique, les décharges débordantes dans certains pays d’Afrique, ou même simplement en réalisant la vitesse à laquelle se remplit notre poubelle, n’y a t’il pas une autre façon de penser la consommation et l’utilisation des ressources ? Ressources qui sont irrémédiablement sur le déclin, n’étant pas – à l’inverse de notre système – en croissance perpétuelle…

Il est possible de trouver quelques éclairements dans le fonctionnement de la nature. L’être humain est l’unique espèce à produire des déchets, donc à utiliser de l’énergie pour créer quelque chose qui finalement sera abandonné peu après. Or dans la nature rien n’est « gâché », il n’y a pas de pertes, en définitive « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » selon la fameuse phrase de Lavoisier. Chaque être vivant se développe en puisant des ressources dans son environnement. Une fois qu’il est mort, il se décompose et nourrit à son tour d’autres formes de vie. Chaque fragment de vie est interdépendant d’un autre, il est inscrit dans un cycle ininterrompu de vie et de mort. Naissance et mort sont dans la nature de simples passages d’un état à un autre ; il n’y a pas de création à partir de rien ni de dissolution dans le néant. La vie et la mort sont indissociables, c’est une danse qui ne s’arrête jamais. Les plantes se nourrissent de minéraux issus d’insectes en décomposition qui eux-mêmes se nourrissaient peut-être des feuilles de ces plantes. La vie est une interconnexion de boucles à l’infini, l’énergie et la matière circulent dans ces boucles depuis la naissance de l’univers.

Posséder, c’est d’une certaine façon se persuader que nous sommes immortels.

En remontant aux origines, nous sommes tous faits de poussières d’étoiles comme l’exprime poétiquement Hubert Reeves. De poussière nous retournerons à la poussière, mais une poussière qui nourrira d’autres formes de vie. Pourquoi vouloir briser alors le cycle de la vie, et considérer notre existence et celle des objets comme linéaire ?
Pour pallier à une peur du vide – d’où vient-on ? que devient-on une fois mort ? – l’être humain accumule des biens matériels comme pour se créer un rempart de sécurité. Posséder, c’est tangible, rassurant, palpable, c’est une défense concrète contre le temps. Posséder, c’est d’une certaine façon se persuader que nous sommes immortels.

Au contraire, accepter la circularité de la vie, c’est accepter que nous sommes partie d’un tout sans cesse en mouvement, nous nous nourrissons de la vie comme nous la nourrissons. Avant notre naissance, nous existions déjà, mais sous une autre forme, nos atomes étaient disséminés partout sur Terre. Pendant notre existence, nous constituons une sorte d’unité éphémère, et à notre mort tous nos atomes retournent à la Terre pour alimenter le cycle. Le changement et l’évolution sont en quelque sorte le seul phénomène immuable de la vie.

Le fonctionnement actuel des sociétés industrialisées amène à une cassure dans les cycles et rythmes naturels. On peut penser aux apports colossaux de nitrates dans l’agriculture pour augmenter les rendements, qui perturbent totalement le cycle de l’azote et appauvrissent dramatiquement et à long terme les sols. Une fois que la régulation d’un cycle est interrompue, des conséquences imprévues et souvent démesurées surgissent.

Quantité de cycles sont modifiés par nos activités : les océans et les forêts ne sont plus en mesure de recapter le CO2, puissant gaz à effet de serre ; de même l’épuisement des nappes phréatiques, la diminution de l’évapotranspiration à cause de la déforestation fragilisent le cycle de l’eau.

Finalement, et si le retour à la circularité était une clé ouvrant à une vision plus saine de notre mode vie ?
Inclure la circularité dans notre façon de penser peut nous amener à reconsidérer notre consommation de tous les jours. Pourquoi adhérer à un mode de production linéaire ? Pourquoi ne pas au contraire redonner une cyclicité à la vie des objets ? Concrètement, valoriser les objets déjà utilisés, recyclés, et quand ils ne nous servent plus, les réinsérer dans une boucle de réparation, réutilisation.
Par exemple, pourquoi acheter des vêtements ou des livres neufs qui demandent quantité de ressources (eau, pétrole, produits chimiques), au lieu de vêtements ou livres déjà existants? Il en est de même pour tous les objets du quotidien…

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