Cadr 67
Un petit vélo dans la tête et dans le coeur

Si Strasbourg peut aujourd’hui se targuer d’être la première ville cyclable de France, c’est bien grâce au CADR 67, une association qui milite depuis plus de quarante ans pour la promotion du vélo à Strasbourg et dans le Bas-Rhin. Des amoureux de la petite reine, tout sourire, qui s’engagent au quotidien pour encourager les strasbourgeois à se mettre en selle !

– Bonjour ! Nous avons rendez-vous avec Fabien Masson. 

– Fabien ? Ah mais, il n’est pas là aujourd’hui…

– Euh…

– Mais non, je rigole… C’est moi Fabien, enchanté ! Vous voulez un café ?

Voilà comment débute notre entrevue avec Fabien Masson, directeur de l’association CADR 67 à Strasbourg. Nous le retrouvons à la maison des cyclistes – das Vélo’Hus – au 12 rue des Bouchers. Fabien, c’est un parcours atypique et éclectique, comme on les aime. Un BTS de géomètre-topographe, du sport de pleine nature à haut niveau, des séminaires sportifs pour les entreprises, une belle histoire d’amour avec une Alsacienne, et bien sûr : du vélo !

Le Comité d’Action Deux Roues – alias CADR 67 – milite depuis plus de quarante ans pour la promotion du vélo à Strasbourg et sur l’ensemble du Bas-Rhin. CADR 67, c’est d’abord une question de bon sens : la base pour être cycliste, c’est de savoir faire du vélo ! L’association propose donc des cours de vélo, individuels ou en groupe, ainsi que de nombreuses animations à destination des scolaires et des entreprises. CADR 67, c’est aussi l’endroit incontournable pour faire graver son vélo (et le retrouver en cas de vol), demander un contrôle technique, trouver des infos sur les itinéraires cyclables, ou tout simplement partager un moment convivial autour d’un café (What else ?). Depuis 2009, CADR 67 organise également le challenge Au boulot à vélo pour inciter les entreprises à promouvoir le vélo auprès de leurs collaborateurs.

L’association compte quatre membres permanents : Fabien, le directeur, que l’on ne présente plus ; Vincent, animateur vélo, que nous avons eu la chance de rencontrer ; ainsi que Manel et Anaïs, chargées d’accueil et d’animation. Côté budget, CADR 67 est financée à 60 % par des subventions  sur projets, accordées par les collectivités locales ; les 40 % restants sont générés par différentes prestations et évènements, tels que la journée Slow Up.

Notre entretien avec Fabien est l’occasion de revenir sur l’incroyable révolution urbaine qui a métamorphosé Strasbourg à partir des années 1980. Mais nous partageons aussi un triste constat : le vélo à Strasbourg, c’est bien – mais c’est loin d’être parfait ! Les cyclistes sont là, CADR 67 maintient le cap, mais la politique cyclable de la ville manque cruellement de souffle. La capitale française de la petite reine se reposerait-elle sur ses lauriers ?

Vélo Hus, La Maison des Cyclistes, rue des Bouchers à Strasbourg

Le tram et le vélo au cœur de la révolution urbaine strasbourgeoise

L’histoire commence à Strasbourg, au début des années 1970, à l’époque du tout-voiture et de la suprématie automobile. Un accident tragique de la circulation, qui entraîne le décès d’une jeune cycliste mère de famille, fait l’effet d’un électrochoc au pasteur Jean Chaumien de la cité de l’Ill à la Robertsau. La voiture a envahi toute la ville : il faut faire quelque chose ! Jean Chaumien décide de militer pour renforcer le droit des cyclistes, vis-à-vis d’un code de la route qui n’est fait que pour les véhicules motorisés, et fonde ainsi le groupe de pression associatif CADR. Jean Chaumien interpelle directement le maire de Strasbourg sur la place du vélo en ville, ce qui aura pour effet le lancement du premier schéma directeur vélo de l’agglomération, approuvé en 1978. Durant les années 1980, le CADR travaille de concert avec la ville de Strasbourg pour penser la politique cyclable de la ville et proposer des aménagements adéquats.

A l’époque, le CADR milite contre le projet d’un métro à Strasbourg, lui préférant la création d’un tramway de surface.

Catherine Trautmann, alors députée du Bas-Rhin, adhère au CADR en 1986 et participe à de nombreuses actions de l’association. A l’époque, le CADR milite en particulier contre le projet d’un métro à Strasbourg, lui préférant la création d’un tramway de surface qui permettrait de repenser pleinement la place de la voiture en ville et d’accorder une juste place aux cyclistes et aux piétons. Catherine Trautmann est élue maire de Strasbourg en 1988 et réintroduit, avec son adjoint aux déplacements Roland Ries – l’actuel maire – le tramway à Strasbourg dès 1994. En une décennie, la ville de Strasbourg est métamorphosée : la circulation du centre-ville est totalement restructurée et de nombreux aménagements cyclables sont créés en parallèles des extensions du tramway. Une incroyable épopée urbaine à découvrir ou redécouvrir ici.

Les années 2000 sont synonymes de consécration pour Strasbourg : apogée du tramway, révolution piétonne et rayonnement du vélo. La ville est un exemple remarquable et remarqué, dans tout l’hexagone et à travers le monde. Strasbourg : sa cathédrale, son marché de Noël, son tramway et… ses vélos ! Strasbourg affiche fièrement son titre de première ville cyclable française, comme en atteste cette archive de l’INA de 2006.

Une quinzaine d’années plus tard, qu’en est-il du vélo à Strasbourg ?

Strasbourg, 4ème ville cyclable au monde ? Euh… Non !

L’entretien avec Fabien est l’occasion d’échanger sur ma propre expérience de cycliste. Je lui raconte mes « déboires Vélib’ » à Paris et mon enthousiasme lorsque je suis arrivée Strasbourg il y a un peu plus d’un an : une vraie bouffée d’oxygène comparé à Paris ! Mais plus les mois passent, plus je me rends compte qu’on est bien loin du paradis vélo où les cyclistes seraient rois. Voitures et camions de livraison stationnés illégalement sur les pistes cyclables ; itinéraires vélos improbables, incompréhensibles, voire tout simplement inexistants ; croisées périlleuses avec le tramway ; manque récurrent de panneaux de signalisation ; sans compter les « rapts » de vélos en série. Alors oui, c’est vrai qu’il y a des centaines kilomètres de pistes cyclables à Strasbourg, c’est vrai que l’on y croise plus de cyclistes qu’ailleurs en France et c’est vrai qu’il y a des vélos garés un peu partout en ville. Soit. Mais regardons la réalité en face : Strasbourg est bien loin d’être un modèle de vertu en matière de vélo !

Alors Strasbourg, 4ème ville cyclable au monde ?  Fabien ne peut s’empêcher de sourire lorsque je lui pose la question. Ce palmarès des villes cyclables, il a dû en entendre parler souvent. Publié tous les deux ans par la Copenhagenize Design Company, le classement de Copenhague est repris de façon quasi systématique dans les articles et divers reportages sur le vélo. Sauf qu’en y regardant de plus près, on se rend compte que le palmarès en question est fortement contestable – pour ne pas dire une grande mascarade…

« Le classement de Copenhague ne reflète pas la vraie position de Strasbourg dans le palmarès des villes cyclables. Avec un vrai classement, aucune ville française ne serait dans le top 50. »

Comme le décrypte très justement le journaliste Olivier Razemon sur son blog L’interconnexion n’est plus assurée, les critères de calcul de l’indicateur sont aussi obscurs que subjectifs et l’étude soit disant « mondiale » se limite en réalité à un nombre restreint de villes, « clientes » de Copenhagenize… Pour une analyse chiffrée de la mobilité cyclable à Strasbourg, on préférera de loin consulter le site de l’INSEE qui décrypte la pratique du vélo dans la région Grand Est et les déplacements domicile-travail ou encore l’enquête ménages et déplacements réalisée par l’Agence de Développement et d’Urbanisme de l’Agglomération Strasbourgeoise (ADEUS) en 2009.

Alors, Strasbourg, première de la classe ? Certes, il s’agit de la première ville cyclable de France, au coude-à-coude avec Grenoble, mais on doit bien garder à l’esprit que la France est loin d’être un modèle de vertu en matière de politique cyclable ! Comme le dit l’adage : au pays des aveugles, les borgnes sont rois… Selon les derniers chiffres de l’INSEE, issus du recensement de 2015, 16% des habitants de Strasbourg utilisent le vélo comme moyen de déplacement pour se rendre au travail. A Grenoble, ils sont 15,2% et à Bordeaux, 11,8%.

Fort bien. Et si l’on regardait en dehors de l’Hexagone ? L’association de collectivités EPOMM propose un tableau interactif permettant de comparer la part des différents modes de transport (marche à pied, vélo, transport public et voiture) communiquée par près de 470 villes européennes. Le verdict est sans appel : avec ses 8% de part modale cyclable, Strasbourg se classe parmi les 200èmes du classement, bien loin derrière le palmarès de tête avec les hollandaises Houten (44%), Eindhoven (40%), Oss (39%) et Delft (34%) ; les allemandes Münster (38%), Freiburg (34%) et l’improbable grecque Karditsa (35%). Bref, comme le résume Fabien : « Le classement de Copenhague ne reflète pas la vraie position de Strasbourg dans le palmarès des villes cyclables. Avec un vrai classement, aucune ville française ne serait dans le top 50. » 

Une chose est sûre : mesurer la pratique du vélo n’est pas une chose aisée. Depuis 2009 et la grande enquête ménages et déplacements de l’ADEUS, on manque cruellement de visibilité sur l’évolution des pratiques cyclables à Strasbourg. En cherchant bien, on trouve quelques bribes des résultats de la dernière enquête vélo réalisée par l’Eurométropole en 2015  : 51% des personnes interrogées font du vélo au moins une fois par mois et ce chiffre est stable depuis 2009. Autrement dit : la moitié des habitants de l’Eurométropole ne fait jamais de vélo – un chiffre qui persiste depuis dix ans (!). En revanche, la part des cyclistes pratiquant le vélo au moins une fois par semaine a augmenté. Ce qui est plutôt positif, mais indique également le fait que les actions de promotion du vélo semblent convaincre ceux qui en font déjà, mais n’arrive pas à toucher ceux qui n’en font pas.

Alors, cessons de nous bercer d’illusions : Strasbourg n’est pas la 4ème ville cyclable du monde, loin s’en faut, et il serait grand temps de repenser la place du vélo aujourd’hui à Strasbourg.

Le vélo n’est plus une priorité pour la ville de Strasbourg

Fabien déplore l’essoufflement de la politique cyclable de ces dernières années : « On est bien loin de la dynamique des premiers plans vélo des années 1980 ! Strasbourg se repose sur ses acquis. Si l’on enlève toutes les actions faites par les associations, on constate que la ville ne fait pas grand-chose. Il y aurait énormément de choses à faire, mais, aujourd’hui, Strasbourg est au point mort pour tout ce qui est actions vélos. Les sujets du moment, c’est le Grand Contournement Ouest, la création de nouveaux quartiers et le projet de tramway vers Koenigshoffen. Le vélo n’est clairement plus une priorité pour la ville de Strasbourg et l’Eurométropole. Strasbourg se targue d’être première au niveau national, mais il y a des villes, comme Grenoble et Paris par exemple, qui font des choix courageux en matière de politique cyclable. A Strasbourg, on est timide, on ne veut surtout pas embêter les commerçants… »

Fabien constate avec amertume que les mentalités n’ont pas beaucoup évolué, malgré les exemples concrets de réussite. On retrouve  les mêmes défiances que lors de la création du tramway dans les années 1980-1990, les extensions du tramway A vers Illkirch et plus récemment le projet de piétonisation du quai des Bateliers.

Comme l’explique Fabien, les préjugés contre le vélo ont la dent dure : « Dans la municipalité actuelle, certains élus sont contre le vélo en ville. Bien sûr, ce n’est pas la majorité – et heureusement – mais cela suffit à bloquer les projets. Les associations de commerçants voient aussi les vélos d’un mauvais œil. Pourtant, un commerçant qui installe cinq arceaux vélos devant sa vitrine a tout compris : un cycliste devient très rapidement un piéton qui n’hésitera pas à faire ses emplettes dans la boutique devant laquelle il vient de passer ou devant laquelle il a pu garer son vélo. »

Des kilomètres de pistes cyclables… pas toujours bien pensés !

Fabien est le premier à le reconnaître que l’actuel réseau cyclable de Strasbourg est daté, inadapté, voire dangereux à certains endroits. Ces problèmes d’aménagement sont dus à un manque d’anticipation il y a quinze, vingt ans en arrière : on ne s’est pas rendu compte qu’il fallait vraiment privilégier la place des modes actifs en ville.

En effet, certaines rues, pourtant très fréquentées par les cyclistes, ont une piste cyclable minuscule, alors que les voitures disposent de deux voies de circulation. A l’inverse, d’autres rues comportent une piste cyclable – parce que la réglementation exigeait qu’on en mette une – alors que les vélos ne l’empruntent quasiment jamais !

Loin de réclamer la création de pistes cyclables à tout prix, Fabien propose de repenser l’organisation de l’espace public, pour accorder sa juste place aux différents usagers : piétons, vélos et véhicules motorisés. Sur les grands axes ou en périphérie, il est logique de construire des pistes cyclables bien séparées pour assurer la sécurité des vélos ; mais en centre-ville, là où les voitures roulent à vitesse réduite, il est beaucoup plus censé que les vélos soient sur la route, avec les voitures, pour laisser plus de place aux piétons.

Malheureusement, les choses ne sont pas si simples : « Actuellement, la ville de Strasbourg consacre zéro budget à l’amélioration de son réseau de pistes cyclables. Une réflexion sur les pistes cyclables n’est véritablement engagée que lorsque des nouveaux projets de développement urbain voient le jour. Pour faire simple : on ne peut faire une piste cyclable qu’à partir du moment où l’on refait une chaussée. Depuis plusieurs années maintenant, CADR 67 est d’ailleurs sollicité par les services de la ville pour faire remonter d’éventuels problèmes au niveau des aménagements envisagés. En revanche, rien n’est fait pour améliorer l’existant. »

Il y aurait également tout un travail à mener concernant la signalisation du réseau cyclable à Strasbourg. Le problème, c’est qu’aucun suivi des panneaux de fléchage des itinéraires cyclables n’est assuré par la ville.  Et on ne parle même pas des feux rouges spéciaux pour les vélos… Comme le dit Fabien : « Il y en a un seul feu vélo à Strasbourg. Il est en face du Auchan à Illkirch et c’est CADR 67 qui a demandé qu’on le fasse installer… »

La difficile cohabitation entre les différents modes de transport

Qui dit espace urbain dense dit problèmes de cohabitation entre usagers de l’espace public. Beaucoup de Strasbourgeois se plaignent des cyclistes qui «  font n’importe quoi ». Qu’en pense Fabien ?

Les problèmes de cohabitation sont liés à un manque de respect de l’ensemble des usagers.

Pour lui, « les problèmes de cohabitation sont liés à un manque de respect de l’ensemble des usagers. Une minorité d’usagers – tous modes confondus – ne respectent pas le code de la route et cela génère des frustrations de part et d’autre. » Typiquement, les piétons accusent les cyclistes de rouler comme des fous sur les trottoirs ; les cyclistes accusent les automobilistes de se garer sur les pistes cyclables ; les automobilistes accusent les piétons ou les vélos de traverser au rouge…

Mais Fabien nous incite à regarder de plus près les chiffres de l’accidentologie : « On constate qu’il y a peu d’accrochages entre cyclistes et piétons. Le problème, c’est que ce sont principalement les piétons qui se plaignent dans le courrier des lecteurs. Pourtant, dans la moitié des accidents impliquant un cycliste et un piéton, c’est le piéton qui est en tort ! »

Alors, comment faire pour lutter contre ces petites incivilités ? Fabien revient sur la controverse des amendes minorées à Strasbourg : « L’idée est de verbaliser intelligemment : faire payer moins (45,60€ au lieu de 90€ en cas d’infraction à vélo), mais de façon systématique. En effet, quand le prix de l’amende est trop élevé, une certaine tolérance s’installe chez les policiers – humains comme vous et moi – qui se disent: « Oh, je ne vais quand même pas lui coller une amende de 90€ parce qu’il a roulé sur la piste cyclable à contre-sens… ». Il ne s’agit donc pas d’une faveur accordée aux cyclistes – comme l’ont mal interprété certains – mais un moyen de responsabiliser les cyclistes et de sanctionner les mauvais comportements. Les amendes minorées ont été introduites à Strasbourg en novembre 2012 et elles ont été supprimées en mai 2017. C’est regrettable… »

Fabien revient également sur les campagnes de communication, initiées par CADR 67 pour remédier aux problèmes de cohabitation : « Nous avons notamment distribué de faux PV pour inciter les automobilistes à ne pas stationner sur les pistes cyclables. Le problème, c’est que la réaction des automobilistes est parfois imprévisible : certains peuvent devenir très agressifs alors qu’ils sont en tort ! Nous avons également imaginé mettre un vélo au milieu d’une route avec une petite pancarte « J’en ai pour deux minutes », juste pour voir… Ça créerait un beau bazar : les automobilistes s’arrêteraient et n’oseraient pas rentrer dans le vélo de peur d’abîmer leur voiture… »

Si l’association CADR 67 peut sensibiliser les usagers, elle n’est malheureusement pas en mesure de faire de la répression. Beaucoup d’incivilités devraient être verbalisées : ce n’est malheureusement pas le cas. Les amendes minorées allaient dans ce sens, mais elles ont été supprimées…

La place du vélo dans les entreprises

Sans transition, nous enchaînons sur la place du vélo dans les déplacements domicile-travail et demandons à Fabien plus de précision sur les plans de mobilité d’entreprise : « D’ici le 1er janvier 2018, toutes les entreprises de plus de 100 salariés sur un même site devront élaborer un plan de mobilité pour encourager la pratique du covoiturage et l’utilisation des modes de transport durables chez leurs collaborateurs. C’est une bonne chose quand on sait que 75% des trajets domicile-travail se font en voiture, en solo le plus souvent. Pourtant, il reste très difficile de motiver les entreprises à s’intéresser à la mobilité de leurs employés. Il y aurait pourtant énormément de choses à faire ! »

Fabien évoque la possibilité d’organiser un forum annuel de la mobilité dans chaque entreprise, réunissant les acteurs clefs de la mobilité (CTS, TER SNCF, CITIZ, CADR67, Vélhop, Eurométropole, Ville de Strasbourg etc.). Ce serait l’occasion d’engager une vraie discussion sur les problématiques de mobilité et mettre en place des actions concrètes : covoiturage, autopartage, parking vélos, abonnement TER, challenges ludiques entre employés etc. La ville de Strasbourg a déjà fait un pas dans ce sens en créant la plateforme d’accompagnement Optimix : « une initiative qui a le mérite d’exister, même si, dans les faits, il ne se passe pas grand chose… »

Le vélo : une petite mine d’or encore inexploitée

Mais alors, qu’est-ce qu’on attend pour se mettre en selle ? « Ça peut paraître incroyable, nous explique Fabien, mais 40% des trajets en voiture réalisés en France font moins de 3 km. Même à Strasbourg, on constate des comportements de mobilité aberrants : lors d’une enquête Pedibus, nous nous sommes rendu compte que certaines personnes prenaient leur voiture le matin pour parcourir … 67 m ! » 

Comment expliquer qu’il n’y ait pas plus de cyclistes ? Fabien est tout aussi perplexe que nous  : « Les Français – et les Strasbourgeois ne font pas exception à la règle – ont encore beaucoup de mal à voir le vélo comme un moyen de transport à part entière : pour eux, le vélo est réservé aux sorties du week-end. C’est pourtant une solution simple et concrète à de nombreux problèmes de société : le vélo est un moyen de transport qui ne pollue pas, qui ne coûte pas cher, qui permet de faire de l’exercice physique et qui permet bien souvent d’éviter les bouchons. Au vu du contexte économique, social et environnemental actuel, je ne m’explique toujours pas que l’état français et en particulier les villes n’investissent pas plus dans le développement du vélo. Lobby automobile ? Entêtement des élus ? Aversion profonde de certains décideurs pour le vélo ?  Difficile à dire… »

Pour Fabien, il y a clairement un manque de volonté politique : « La ville de Strasbourg et l’Eurométropole gagneraient à mettre en place une vraie politique cyclable, avec des moyens et un budget conséquent. CADR 67 a beau multiplier les demandes, proposer des actions et des projets, c’est toujours non. Aujourd’hui, il n’y a aucune volonté de la part de la ville d’organiser des actions festives ou mettre en avant la pratique du vélo. Je suis parfois amer quand je pense que tout a commencé avec le CADR et qu’aujourd’hui l’association est obligée de chercher des marchés à l’extérieur pour continuer d’exister. C’est plutôt fort de la part de la ville ! Strasbourg sait jouer de sa notoriété sur le vélo, mais elle ne le rend pas aux associations qui font le travail depuis des années. » 

Fabien n’est pas fataliste pour autant : « Tout n’est pas noir : les aménagements et les cyclistes sont là. Tant qu’il y aura des gens qui font du vélo, la ville sera bien obligée de maintenir les moyens et les efforts pour continuer de faire parler du vélo. Il y a de nombreuses villes où on est encore bien loin de là. »

Alors, cyclistes, continuez de rouler !

Rédigé par Pauline. Un grand merci à Fabien et à Vincent pour leur accueil !

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