La Maison Citoyenne
Un tiers lieu par et pour les habitants

Il fait bon vivre au Neudorf ! Les habitants s'y mobilisent pour construire ensemble un espace de rencontres, un café, un jardin, pour créer du lien dans le quartier, renforcer le tissu associatif et encourager les initiatives locales.

A l’orée du Neudorf, une maisonnette qui s’était jusqu’alors faite plutôt discrète, s’est un jour vue offrir un fringuant relooking hypermégamulticolore. La première fois que je suis passée devant sa nouvelle façade, j’ai avalé mon tic-tac de travers, soupçonnant de grands malades d’avoir choisi d’ériger leur demeure en temple du mauvais-gout, quitte à se mettre à dos leur voisinage en défigurant de la sorte leur quartier. En apprenant ce qu’était, en fait, la fabulous Maison Citoyenne, je me suis empressée de ravaler mon jugement précipité. Car j’avouerais qu’avant son exubérante mise en beauté, jamais je n’avais prêté la moindre attention à cette petite maison à colombages pour tant centenaire, et qui vivait ses derniers jours dans l’attente d’une imminente démolition. Sa chance aura été de se situer dans un quartier en pleine métamorphose, devenu ces quinze dernières années un terreau fertile en initiatives citoyennes, largement impulsées par Eco-Quartier Strasbourg, qui œuvre pour un urbanisme durable, responsable et inclusif. L’association prend sous son aile la pauvre maisonnette, et lui promet une nouvelle destinée, qui lui permettrait non seulement de rester debout, mais de devenir plus encore un lieu phare de Strasbourg.

Tout un quartier qui s’implique dans une démarche participative

Nous sommes partis d’une page blanche, avec comme objectif d’améliorer le vivre-ensemble dans le quartier

« La maison appartient à la SERS, société d’aménagement de Strasbourg, qui avait pour objectif de la raser. Mais notre coopération de longue date avec eux nous a permis de gagner leur confiance afin de pouvoir lancer une démarche participative dans le quartier autour de cette maison. La SERS nous l’a mise à disposition, sans savoir par avance ce que nous en ferions. Nous sommes partis d’une page blanche, et avec comme objectif d’améliorer le vivre-ensemble dans le quartier, avons lancé des micros-trottoirs et impulsé des rencontres avec les habitants afin de révéler leurs besoins et leurs attentes. De cette enquête est née une carte heuristique qui a servi de point de départ au projet : elle révèle un désir fort autour de l’entraide, du partage et de l’éducation populaire. Nous avons ensuite fait de même avec les associations, et c’est à partir de là que nous avons ressenti une véritable légitimité à impulser un collectif, car les besoins se sont révélés bien réels des deux côtés.»

Emmanuel Marx, directeur de l'association Eco-Quartier Strasbourg et porteur du projet Maison Citoyenne

Emmanuel Marx, Directeur d’Eco-Quartier Strasbourg | Crédit photo Initiatives Urbaines

Dès les premières réunions publiques, une quarantaine de bénévoles commence à s’investir dans le projet. Ensemble, ils imaginent un lieu pluriel de vie, de rencontre, d’intégration des habitants du Neudorf, qui deviendrait à la fois un café associatif, un lieu de convivialité, un espace de travail pour les associations, un point de dépôt d’AMAP, avec des espaces extérieurs dédiés à la biodiversité et à des projets d’éducation à l’environnement (potager, compost…).
En commençant à cerner les enjeux de ce lieu hors-norme, qui, avant même d’être achevé, semble déjà remplir sa vocation, celle de rassembler les gens, je me suis surprise à changer de regard sur les couleurs de la maison. Auparavant criardes et dépareillées, elles devenaient soudain poétiques et cohérentes.

Malgré tout, je ressentais encore le besoin de faire toute la lumière sur ce parti-pris. On me raconte qu’alors que la maison était affublée d’un gros panneau « chantier participatif », un voisin, qui se trouvait être peintre en bâtiment, s’est risqué à cette proposition, en proposant ses fonds de peinture…

Idée adoptée.

Fin de l’enquête.

Et fin de mes tergiversations : c’est ça, l’esprit de la Maison Citoyenne. De l’esprit d’initiative, de la spontanéité, et une équipe de bénévoles qui s’éclate sur un chantier haut en couleurs.

300 heures de travail bénévole sur le chantier participatif de janvier

En janvier de cette année, une trentaine de bénévoles ont donné de leur force et de leur sueur pour arracher du parquet et casser de la brique. Objectif : faire place nette pour les travaux de gros-œuvre du futur espace café associatif. Les participants ont ensemble cumulé près de 300 heures de travail. Delphine, qui s’investit un peu sur tous les fronts depuis le début du projet, se réjouit de trouver à la Maison Citoyenne l’espace dont elle a besoin pour accueillir les ateliers d’éco-couture de son association, Tadam. Cela-dit, je peux témoigner qu’elle manie la masse et le burin avec autant d’adresse que l’aiguille à coudre : c’est sous la casquette de chef d’opération que je l’ai rencontrée, pulvérisant du carrelage à tour de bras. « Ce projet, c’est également une manière pour moi de sortir de ma routine, et de me sociabiliser avec des personnes qui ont les mêmes valeurs que moi, notamment les mêmes aspirations écologiques. C’est surtout ça qui me pousse à m’investir autant dans le projet : les gens, leur bienveillance et leur simplicité. »

Delphine, bénévole couteau-suisse à la Maison Citoyenne

Delphine, bénévole à la Maison Citoyenne | Crédit photo Initiatives Urbaines

Daphné, ancienne service civique, continue elle aussi à prendre part au projet : « ça fait vraiment du bien, de voir que tellement de jeunes ont foi en ce projet, qu’ils croient en l’autonomisation de l’individu et ont envie de construire des choses ensemble ». Le chantier s’est conclu en grande pompe autour d’un repas gargantuesque, qui a également été l’occasion d’inaugurer le mobilier d’extérieur conçu par l’association Akpé : transat, barbecue, tables de ping-pong en matériaux de récupération.

Chantier participatif à la Maison Citoyenne et inauguration du mobilier fourni par Akpé | Crédit photo Initiatives Urbaines

Les bénévoles chantier s’offrent à présent un peu de répit : ils laissent la place aux entreprises de gros-oeuvre, qui ont débuté les travaux de consolidation de la charpente, financés grâce à divers appels à projets et fonds publics.

Le chantier participatif reprendra les 21 et 22 à l’occasion des 48h de l’agriculture urbaine. Au programme, l’isolation thermique de la maison, l’occasion pour chacun d’en profiter pour découvrir des techniques de rénovation en matériaux naturels, comme les blocs de paille. On se tient prêts également pour le lancement de la campagne de crowdfunding, fin avril, qui aura pour objet de financer l’équipement du café.

Publié le 14 mars 2018. Rédaction Sarah Biedermann

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