La vie en camion
en quête d'autosuffisance et de liberté

Après avoir pris conscience que leur mode de vie ne collait plus à leurs valeurs, Matthieu et Emma ont fait le choix d'un retour à la simplicité, au minimalisme et au zéro déchet. Leur van aménagé les accompagne maintenant depuis six mois.

Vivre en camion, c’est rompre avec certaines habitudes de consommation, apprendre à faire la part des choses entre ce qui est essentiel et ce qui l’est moins. C’est aussi laisser place à la spontanéité, à la découverte, à l’imprévu. Portrait du parcours peu commun d’Emma, étudiante en naturopathie, et Matthieu, sur le point d’ouvrir un cabinet d’étiopathie, qui ont désormais rejoint le projet d’Initiatives Urbaines.

Comment vous est venue l’idée de vivre en camion ?

« Cela faisait plusieurs années déjà que nous étions engagés dans une réflexion sur la réduction des déchets, la promotion du bio à l’échelle locale et le végétarisme. Des démarches pas toujours simples à mettre en œuvre dans notre colocation de huit personnes ! L’idée de troquer un jour notre appartement pour un camion nous faisait rêver, mais nous voulions faire ça « sérieusement », attendre d’avoir une situation stable avant de nous lancer dans l’aventure. Par contre, nous ne pouvions pas nous empêcher de consulter de temps à autres les annonces sur Leboncoin… Et puis, un soir, entre la soupe et le dessert, nous sommes tombés sur le camion de nos rêves. Un vieux Mercedes de 1980, refait à neuf, qui nous a tapé dans l’œil. Nous avons réalisé que l’idée avait fait son chemin et qu’il fallait saisir l’opportunité. Quelques jours plus tard, c’était devenu notre nouvelle maison ! »

Comment s’est passée la transition ?

« Les débuts ont été assez rocambolesques. Du jour au lendemain, nous sommes devenus mobiles, notre maison avec nous en permanence. Il nous a fallu faire le tri dans toutes nos affaires pour pouvoir les caser dans le camion. Et puis, nous avons dû mettre les mains dans le cambouis – novices que nous étions – parce qu’un camion de cet âge, ça demande de l’entretien. Par chance, internet est une vraie mine d’or. Avec un peu de pratique et de persévérance, on s’en sort ! Assez vite, nous avons réussi à récréer notre confort, dans la simplicité, mais avec une légèreté toute nouvelle. »

Quel confort avez-vous pu maintenir dans votre camion ?

« Vivre en camion ne devait pas signifier tirer un trait sur un minimum de confort. Nous avons eu la chance de trouver un véhicule équipé de panneaux solaires. Ils ne produisent pas assez d’énergie pour faire fonctionner un Thermomix, mais ils nous permettent de nous éclairer et de recharger nos portables et nos ordinateurs. Plus de factures d’électricité !

Pour l’eau, nous possédons une cuve de 100L reliée à une pompe qui alimente la douche et l’évier. L’eau chaude vient d’un petit chauffe-eau au gaz. Il est parfois fastidieux de trouver des points d’eau, mais des sites internet, tels que Eaupen, nous permettent de trouver ce que l’on cherche : aires de camping-cars, stades, lavoirs etc. Nous n’utilisons pas d’eau pour les toilettes : nous avons préféré fabriquer des toilettes sèches. On estime que faire caca dans l’eau potable n’est pas d’une logique à toute épreuve ! Avec nos installations, plus de facture d’eau non plus !

Par ailleurs, nous avons troqué notre réfrigérateur traditionnel contre un “frigo du désert”, utilisé dans les pays chauds sans accès à l’électricité. Notre alimentation, qui était déjà végétarienne, n’a pas beaucoup changé : nous continuons de consommer des produits le plus frais possible, achetés auprès des AMAP ou directement chez les producteurs.

Pour ce qui est du chauffage, nous avons fait l’acquisition d’un petit poêle à bois que nous avons relié à une cheminée sur le toit. Découper la tôle de notre van tout neuf quand on débute en bricolage, c’est pas franchement rassurant ! Mais Matthieu s’en est sorti, et notre poêle  ronronne gentiment. Nous l’alimentons avec des chutes de bois récupérées dans les scieries. Cela surprend beaucoup de personnes, qui nous regardent avec des yeux ronds, mais nous avons pris toutes les précautions pour éviter les risques d’incendie. Nous avons bien fait attention à l’isolation du poêle, nous avons installé plusieurs détecteurs et nous avons toujours un extincteur à portée de main. A nouveau : plus de facture de chauffage ! »

Vivre en camion, c’est forcément être nomade ?

« Notre mode de vie est semi-nomade : ce n’est pas parce que nous habitons en camion que nous souhaitons être sur les routes en permanence. A force d’être toujours en mouvement, on ne peut pas construire de projets ou de relations : c’est frustrant !

Nous avons vécu plus de trois mois dans la campagne au bord d’une rivière près de Rennes sans déranger personne. Cependant, c’était une occasion comme on en rencontre peu : les endroits tranquilles à proximité d’une ville se font assez rares. Le site Park4night répertorie toutes les aires de stationnement, du parking bétonné au joli chemin de campagne. C’est très pratique lorsque l’on est à la recherche d’un endroit pour se poser !

Nous avons eu un coup de cœur en arrivant à Strasbourg et nous avons décidé de nous installer ici. Actuellement, nous sommes à la recherche d’un terrain où garer notre camion de manière plus permanente, moyennant l’entretien du lieu ou un petit loyer. Nous nous fions au hasard des rencontres, en espérant trouver une solution qui profitera à tout le monde. »

Qu’est-ce que ce nouveau mode de vie a changé pour vous ?

« C’était pour nous le moyen concret d’entrer en cohérence avec notre façon de penser : indépendance, vie dans l’instant, détachement du matérialisme. Ce bouleversement nous a permis de vivre pleinement selon nos convictions : la sobriété avant tout, mais aussi le détachement des valeurs “accessoires”, notamment la surconsommation sous toutes ses formes.

Vivre en camion, c’est être libre ; mais c’est aussi garder les pieds sur terre. Nous prenons conscience de la valeur de chaque chose : trouver un point d’eau pour remplir la cuve, trouver du bois pour se chauffer, s’assurer du bon fonctionnement des panneaux solaires, trouver un endroit pour passer la nuit lorsque nous sommes sur la route… Beaucoup verraient cela comme un fardeau, mais nous le voyons plutôt comme des invitations quotidiennes à réfléchir à la provenance des choses… et leur devenir ! Chaque petit acte du quotidien est devenu un exercice de sobriété : nous aspirons à un mode de vie zéro déchet, avec juste ce qu’il faut en terme de consommation d’eau et d’énergie.

Pour nous, le maître mot reste le plaisir. Nous ne voyons pas notre mode de vie comme une privation, mais un retour vers plus d’authenticité. La vie brute, sans superflu. Avec notre camion pour maison, nous sommes mobiles, légers – aussi bien physiquement que dans notre tête ! C’est une réflexion sur l’impermanence des choses : tout passe et se transforme sans arrêt. Faire confiance à l’inconnu au lieu de s’accrocher à toutes sortes de croyances est une immense source de bonheur.»

Rédigé par Emma

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